Mon intervention sur la reconnaissance du Gouvernement d'unité nationale de Birmanie




La courte parenthèse démocratique birmane s’est refermée le 1er février dernier. Quelques années seulement après le début de la transition, l’armée est revenue au pouvoir, et Aung San Suu Kyi est retournée en résidence surveillée.

L’armée n’a pas supporté de voir son rôle politique marginalisé par le résultat des élections de novembre 2020, s’emparant du pouvoir par la force, ouvrant le feu sur le peuple qu’elle a pour mission de protéger. Après deux mois de manifestations réprimées à balles réelles, on dénombre près d’un millier de morts et plusieurs milliers de personnes en détention arbitraire.


Notre président de la République a immédiatement condamné ce coup d’État, appelant à mettre un terme à la répression. L'Union européenne s’est insurgée avec la plus grande fermeté contre ce coup d'État militaire.


La situation est d’autant plus dramatique que ce putsch intervient dans le contexte de la pandémie. Difficile à gérer en temps de paix, la situation devient catastrophique lorsque l’État est désorganisé.


La campagne de test, de contact-tracing et de traitement s’est brutalement arrêtée. Les Nations Unies estiment que seules 40 % des capacités médicales du pays sont encore fonctionnelles. Mauvais augure s’il en est, la junte a commencé récemment la construction de 10 crématoriums à Yangon.


Cette prise de pouvoir est une catastrophe pour la population et sa santé mais aussi pour son économie. Elle déstabilise une économie déjà fragile. Près de la moitié des habitants sont susceptibles de se trouver sous le seuil de pauvreté d’après les Nations Unies.


La situation nécessiterait l’envoi d’aide humanitaire. Même si elle parvenait jusqu’au territoire birman, rien cependant ne garantit qu’elle bénéficierait effectivement au peuple.


Cette situation constitue également un défi à la stabilité de la région. La Chine possède de nombreux intérêts en Birmanie. Son influence y est considérable. Pékin entretenait de bonnes relations avec le gouvernement précédent. Cela ne l’a pas empêché de qualifier le coup d’État de simple « remaniement ministériel ».


Le tracé des nouvelles routes de la Soie emprunte le territoire birman. C’est dire à quel point la stabilité de ce pays importe à la Chine. La stabilité mais pas la démocratie.


La junte précédente a pu faire face aux sanctions occidentales principalement grâce au commerce avec son grand voisin. Tant qu’elle pourra assurer une relative stabilité dans le pays, la junte actuelle ne sera pas inquiétée par la Chine.


La légitimité de la junte reste cependant très contestée. Tout d’abord, démocratiquement par le Gouvernement d’unité nationale, constitué de parlementaires élus lors des dernières élections mais forcés à l’exil.


Par ailleurs, elle est contestée par les armes dans une lutte engagée par des mouvements de guérilla. Même ceux qui avaient conclu un cessez-le-feu ont repris le combat dès le mois de mars. Certains se sont emparés de bases militaires et des commissariats de police.


Ces mouvements sont structurés autour de milices ethniques. La Birmanie compte plus d’une centaine de minorités au côté de l’ethnie majoritaire birmane. Leur incorporation dans une seule et même nation reste inachevée comme le rappelle l’exemple récent des massacres de Rohingyas.


La voie démocratique permettait à chacun de s’exprimer et d’espérer peser sur la politique du pays. Le retour de la junte, c’est le retour de la force, le retour des affrontements.


Face à cette triple urgence, humanitaire, économique et démocratique, nous ne sommes pas démunis. Sans avoir le poids de la Chine, nous pouvons et nous devons appeler à la reconnaissance du Gouvernement d’unité nationale.


Ce gouvernement inclusif est en effet le plus à même de garantir la stabilité d’un pays marqué par les conflits ethniques, que seule la transition démocratique avait permis d’apaiser.


Des sanctions économiques ont été prises, d’autres doivent venir les renforcer. Nous devons cependant continuer de nous assurer qu’elles pénalisent les responsables de la junte en épargnant la population.


Le groupe Les Indépendants, qui compte parmi ses membres des signataires de la proposition de résolution, est convaincu que la reconnaissance du Gouvernement d’unité nationale est une étape incontournable dans la résolution de la crise birmane. Nous voterons donc en faveur de l’adoption du texte.

Mes actualités récentes
Archives
Les articles par thème
Suivez-moi
  • Facebook - Grey Circle
  • Twitter - Grey Circle