Mon intervention du 15 février sur le projet de loi Restitution de certains biens culturels



Hitler rêvait de réunir à Linz les plus grands chefs d’œuvres pillés dans les territoires occupés, à commencer par les galeries d’art et les collections privées des Juifs de France, sur fond de rafles et de déportations. A l’époque où Paris était la première place mondiale du marché de l’art, la plupart des galeries appartenait à des Juifs, à l’image de la galerie Zborowski, rue de Seine, du nom du marchand d’art et ami de Modigliani. Le régime de Vichy a non seulement laissé le champ libre aux spoliations, mais il les a favorisées. Des milliers de tableaux, de sculptures, d’instruments de musique et des millions de livres ont été pillés, triés, entreposés au Musée du jeu de Paume et au Palais de Tokyo, avant d’être disséminés sur le territoire du Reich, jusque dans les sous-marins allemands.


Au cœur des plus sombres pages de l’Histoire, des femmes et des hommes se sont démarqués par leur humanité, leur intelligence et leur courage hors du commun. Rose Valland en fait partie. Cette jeune femme travaillait au Jeu de Paume et comprenait l’allemand ; elle a subtilisé les données relatives aux provenances des nombreuses peintures et sculptures qui transitaient par le musée avant de quitter la France. Au lendemain de la guerre, ses notes ont permis de récupérer 100 000 œuvres d’art, parmi lesquelles 2000 n’ont pas encore été restituées à leur propriétaire ou ayant-droit. Dans la continuité du discours fondateur du Président Chirac le 16 juillet 1995, le Premier ministre Édouard Philippe a donné un nouvel élan aux travaux de restitution.

(En 2012, la presse allemande a révélé la découverte d’un millier d’œuvres entassées dans un appartement munichois appartenant au fils de Gurlitt, l’acheteur officiel à Paris pour le musée d’Hitler. Cette affaire a conduit le Gouvernement allemand à présenter une loi pour abolir le délai de prescription pour restituer les biens spoliés.)

Plus de 80 ans après les premiers vols, le projet de loi que nous examinons aujourd’hui propose pour la première fois de rendre 15 œuvres d’art spoliées durant la Seconde Guerre mondiale aux ayants-droits de leurs propriétaires. De nombreuses autres restitutions sont à l’étude. Nous devons intensifier ce travail et l’étendre aux milliers d’instruments de musique et aux millions de livres volés. Pour certaines familles, un violon, une torah ou un tableau constitue l’unique héritage à la valeur sentimentale inestimable laissé par leurs ancêtres disparus. Madame la Ministre, un effort de recherche des provenances doit être initié dans le secteur de la musique. Pour cela, il faudrait imposer aux maisons de vente d’indiquer la provenance des instruments de musique et centraliser les archives détenues par les luthiers dans le cadre d’une nouvelle mission attribuée au Centre national de la musique, en partenariat avec le Musée de la musique. Nous devons former des experts à la recherche de provenance, dans le cadre d’un diplôme universitaire par exemple.


Il est du devoir de tous et en particulier des personnes n’appartenant pas à la communauté juive d’honorer la mémoire des victimes et leurs familles. Je crois à la force du récit, à l’importance de la transmission des histoires individuelles et de l’histoire collective. A l’heure où les derniers témoins disparaissent, nous devons plus que jamais lutter contre l’oubli ou la négation du génocide et l’instrumentalisation politique des faits historiques. L’antisémitisme n’est pas mort avec Hitler. Une nouvelle forme émerge depuis des dizaines d’années, il faut voir la réalité en face. Partout en France, des familles juives sont inquiétées, harcelées, agressées. Il y a 16 ans, Ilan Halimi. Il y a 10 ans, l’école juive Ozar Hatorah. Il y a 7 ans, l’Hypercasher. Il y a 5 ans, Sarah Halimi, puis Mireille Knoll. Des flots de haine à l’encontre des juifs sont répandus chaque jours sur les réseaux sociaux. Des cimetières sont profanés. Des enfants sont changés d’école régulièrement pour les protéger d’un antisémitisme décomplexé.


J’ai eu le privilège de siéger aux côtés de Simone Veil au bureau de l’association des adhérents directs de l’UDF. Cette grande dame de l’Histoire de France, remarquable d’intelligence et de modestie ne cessera jamais d’inspirer d’autres destins. C’est là toute la grandeur de ces personnalités qui se mesure avant tout par leur attachement à placer leur vie au service d’une cause située au-delà d’eux-mêmes. J’aimerais lui rendre hommage aujourd’hui.

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