Débat sur l'écriture inclusive



Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Chers collègues,

L’idée selon laquelle le pouvoir des hommes, et en l’occurrence le pouvoir des femmes, se reflèteraient dans le choix des mots n’est pas nouvelle. La volonté de réformer une langue pour marquer un changement sociétal ne l’est pas non plus. Jamais la langue française n’aura connu autant de changement que sous la Révolution française. Le français a été érigé comme langue nationale, arme défensive pour prémunir la République de tout morcellement. Trait d’union entre tous les citoyens, elle a contribué à cimenter l’identité républicaine, en offrant à chacun un égal accès aux lois, au droit, à l’instruction. Dans un même temps, le français s’est considérablement enrichi et n’a jamais cessé de le faire, en intégrant des mots en patois, des mots étrangers, des innovations lexicales.

La langue française est avant tout une langue vivante, à la fois chargée d’histoire et évolutive. L’écriture inclusive a déjà imprimé son empreinte à travers la féminisation des métiers et des fonctions, la suppression du « mademoiselle » dans les documents administratifs ou encore le choix spontané de certains mots neutres pour inclure l’ensemble des interlocuteurs, comme je l’ai fait en début de discours en préférant le mot « collègues » à « sénateurs » ou « sénatrices et sénateurs ».


En la matière, le mieux est l’ennemie du bien et il ne faudrait pas confondre les évolutions naturelles de la langue, partagées par la majorité des français, et sa confiscation par une petite minorité porteuse de revendications égalitaristes.


Cette offensive lexicale se cristallise dans l’usage du point médian qu’une poignée de militants tentent d’imposer dans les universités, certaines mairies ou dans les écoles. Cette écriture prétendument inclusive se révèle en pratique inaccessible pour un grand nombre de nos concitoyens, aveugles, déficients visuels, dyslexiques ou autiste. Avec mon collègue Jean-Pierre Decool nous avons, en outre, auditionné l’Association pour la prise en Compte du Handicap dans les Politiques publiques et privées, présidé par Matthieu Annereau. Les témoignages qu’on avait recueillis soulignent qu’en modifiant la graphie des phrases, l’écriture inclusive rend les textes absolument incompréhensibles pour toute personne qui utilise la lecture d’écran par synthèse vocale. En cherchant à dégenrer la langue, nous fabriquons une langue d’exclusion, discriminante.


Nous devons faire usage de bon sens et veiller par-dessus tout à l’accessibilité de la langue pour tous avant de chercher à la rendre conforme à nos revendications idéologiques, justifiées ou non.


A l’heure où nous débattons de la symbolique des mots, des millions de femmes dans le monde sont prisonnières de sociétés profondément machistes, sexistes et violentes à l’égard des femmes. Alors que certains se hérissent au nom de la théorie du genre, des femmes sont lapidées, brulées à l’acide au nom de la tradition ou pour avoir refusé une demande en mariage. Il faut choisir ses combats, ceux qui en valent la peine. La journaliste d’origine turque, Claire Koç, a choisi la France précisément pour les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qu’elle incarne et qu’elle défend. Je dis bien fraternité, mot féminin qui désigne le lien existant entre les membres de la famille humaine, que les mêmes défenseurs du point médian voudraient doubler du mot « sororité », quitte à modifier la devise républicaine au nom d’un faux féminisme revanchard. La différence c’est que la sororité n’inclut pas les hommes, alors que la fraternité inclut les femmes et les hommes. L’ordre des mots est-il également significatif ? La galanterie est-elle toujours permise ou allons-nous bientôt chercher à en faire une marque de sexisme insupportable ? L’historienne Mona Ozouf plaide pour l’apprentissage de la nuance et défend l’idée qu’il existe un féminisme à la française, où la galanterie reste l’expression d’une élégance et non la marque d’une infériorité inavouable.


Vous l’aurez compris, je suis pour une société inclusive et une langue française universelle, facile à lire et à comprendre ; c’est la raison pour laquelle je suis contre cette écriture d’exclusion que représente l’usage du point médian.

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