Mon intervention du 24 juin sur le projet d'annexion de la vallée du Jourdain par l'État d'Israël

24/06/2020

 

 

Voilà plus de 70 ans que la Palestine et Israël sont en conflit. Un conflit dont les conséquences dépassent les frontières de ces deux pays, et se font sentir dans toute la région. La Jordanie, le Liban et la Syrie notamment, accueillent de très nombreux réfugiés palestiniens, et sont directement déstabilisés par cet affrontement. L’Europe a elle aussi été directement atteinte puisqu’elle a été le théâtre de plusieurs attentats. Parce qu’il met en cause le principe d’intangibilité des frontières et celui de l’auto-détermination des peuples, ce conflit possède une dimension universelle. 

Les décennies passant, certains ont pu déplorer une certaine forme de lassitude de la communauté internationale. Le projet d’annexion par Israël du tiers de la Cisjordanie occupée, qui sera précisé dès le 1er juillet, attire de nouveau l’attention sur ce conflit dont la résolution semble s’éloigner toujours plus du droit. 

Figurant dans le plan de paix américain, cette annexion bénéficie du soutien actif des États-Unis de Trump, véritables intermittents de la déstabilisation, à la politique étrangère isolationniste. Si cette annexion avait lieu, elle n’en constituerait pas moins une violation du droit international. 

Les Nations Unies, par la voix de leur secrétaire général António Guterres, ont rappelé la solution prévue par le droit : « deux États - Israël et la Palestine - vivant côte à côte dans la paix et la sécurité à l'intérieur de frontières reconnues, sur la base des lignes antérieures à 1967 ».

Quelle est l’autre solution ? Ne pas appliquer le droit international, c’est entériner la loi du plus fort, où la force est le droit. Elle implique encore plus de violences et cette région en a déjà trop connu. L’annexion, aggraverait fortement les tensions qui traversent la région. 

Un autre chemin est possible. Ces dernières années, nous avons observé un rapprochement inédit entre les pays arabes et Israël. Il existe à présent une coopération entre les pays de la région en matière de renseignement, en matière économique mais aussi en matière culturelle. Ces relations nouvelles sont une chance mais elles restent fragiles.

Les Émirats Arabes Unis, qui comptent parmi les pays arabes ayant des liens forts avec Israël, ont mis en garde contre ce projet d’annexion. Il mettrait un coup d’arrêt certain et immédiat au processus de normalisation des relations. Ce rapprochement est pourtant une occasion historique pour la région et pour tous ceux qui y vivent. Il rend la coexistence pacifique envisageable. 

Les Palestiniens ont répondu au plan de paix de Trump par une contreproposition qui prévoit la création d'un « État palestinien souverain, indépendant et démilitarisé ». Le principe d’un État palestinien démilitarisé aux côtés d’Israël avait été accepté par Benjamin Netanyahou lors de son discours de juin 2009 à l’université israélienne Bar Ilan.

La Palestine et Israël sont à un tournant de leur histoire : la solution à deux États, souverains et coexistant pacifiquement, est possible. Il ne faut pas renoncer à la négociation mais saisir les mains tendues. 

Ne laissons pas l’Histoire se répéter. Le respect des instances internationales est une exigence indispensable pour assurer les conditions de la paix et du progrès. Le projet d’annexion détruira tout espoir d’un état palestinien indépendant. Il ne faut pas donner plus d’arguments aux extrémistes qui ne cherchent que le chaos.

Ce qui vaut pour l’annexion, vaut également pour le processus de colonisation des territoires palestiniens par Israël. Les violations du droit international doivent cesser pour qu’une paix durable puisse exister. « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître » nous rappelle Rousseau. Personne n’a intérêt à la loi du plus fort.

Quelle doit être la réponse de la France à ce projet d’annexion ? Elle ne peut bien sûr pas soutenir la violation du droit international. La réponse de la France doit être européenne. L’Union a déjà fait savoir qu’elle s’opposerait à une telle annexion. 

Si Israël ne renonce pas à ce projet, nous voulons que l’Europe fasse entendre sa voix. La diplomatie européenne doit dépasser les incantations et défendre ses valeurs et ses principes. Notamment ceux de la démocratie libérale, soucieuse de la protection des minorités. L’Europe a en outre les moyens de peser contre cette décision d’annexion en tant que premier partenaire commercial de l’État hébreux. L’Union européenne a su faire naître la paix sur un vieux continent, divisé et belliqueux, autrement que par la guerre. Elle doit s’engager en faveur de la paix au Moyen-Orient car elle ne manquerait pas de souffrir d’une reprise des hostilités. Dans un village mondial où la violence est monopole d’État, seul le respect du droit saura structurer une société pacifiée.   

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