2019 © Joël GUERRIAU, Sénateur de Loire-Atlantique

Commémorations du 19 mars 1962

19/03/2016

 

« Ce matin j’ai reçu cette feuille de route et je dois partir pour deux ans, alors le mariage on en reparlera plus tard, avec ce qui se passe en Algérie en ce moment, je ne reviendrai pas d’ici longtemps… »

 

Cette phrase est extraite d’un film bien connu qui témoigne des réalités économiques, sociales et politiques de l’époque. C’est un des premiers et rares films français à évoquer la guerre d’Algérie. Récompensé par une Palme d’or au festival de Cannes de 1964, il a connu un immense succès critique et populaire, une carrière internationale, des adaptations théâtrales, entre autres à New York et Paris. Ce fut le premier grand rôle de Catherine Deneuve. Un grand succès pour la musique de Michel Legrand… Il s’agit bien sûr des « parapluies de Cherbourg » de Jacques Demy.

 

Cette phrase résonne en vous, en tous ceux qui ont eu 20 ans dans les Aurès ou ailleurs en ce pays. Vous qui aviez quitté vos familles, vos amis, vos amours pour un destin incertain. Embarqués sur le « Ville d’Oran » ou le «Ville d’Alger », ou sur n’importe lequel des autres bateaux de service pour aller accoster en un pays inconnu qui était encore et pourtant la France.

 

La commémoration de cette année est aussi pour nous l’occasion de saluer la mémoire du Colonel Yves BORBEAU, commandeur de la Légion d’Honneur, combattant au Maroc, en Indochine, en Algérie, survivant de Dien Bien Phu et qui nous a quittés le 13 mars.

 

Il avait participé à cette « guerre oubliée » d’Indochine qui n’en était pas moins un conflit majeur de notre histoire. Premier soubresaut de la décolonisation, ce conflit était une entrée brutale pour la France dans le monde de l’après-guerre. Ce conflit a divisé et divise encore notre pays. Il y a ceux pour qui cette guerre était une lutte contre le totalitarisme communiste et la barbarie, et ceux pour qui elle n’était qu’une guerre impérialiste et coloniale. Au milieu de ces visions opposées : nos soldats !

 

Des soldats partagés entre une France qui leur demandait de se battre, et une France qui ne voulait pas entendre parler d’eux. Pour faire face, il fallait, comme le disait Yves BORBEAU, « ne pas s’occuper de ce qui se disait en métropole, faire corps pour la France et pour ses camarades ». Il en fut de même pour l’Algérie. Nos soldats, nos appelés quittaient Marseille sous le regard indifférent ou hostile des Français de métropole. Ils étaient accueillis à bras ouverts par les Français d’Algérie, et aussi par une partie des Algériens. Comment comprendre tout cela quand on a 20 ans ?

 

En cette date anniversaire des accords d’Evian, et comme chaque année devant ce monument aux morts, nous rendons hommage aux disparus, militaires ou appelés du contingent, aux victimes algériennes, civiles ou combattantes. Cette guerre n’a épargné personne sur cette terre alors de France. 270 000 victimes du côté algérien, 30 000 Français, 65 000 blessés. Les harkis massacrés là-bas, ou rapatriés pour n’être que des Français oubliés, et parqués dans des camps d’infamie. Et ils étaient tous Français pourtant… Des hommes et des femmes marchant sur la même terre.

 

Notre mémoire doit s’étendre à tout et à tous. Dans le même geste de fraternité. Notre devoir d’apaisement, par delà les années et les passions, doit être plus fort que l’oubli ou la haine. C’est notre obligation d’être humain, si nous voulons accéder à la dignité de notre condition. Souvenons nous d’où nous venons, pour mieux savoir où nous allons. C’est la première règle pour fonder une civilisation durable.

 

Oui, cette guerre nous a marqué profondément. Elle a brisé toute une génération. Elle a divisé la France. Mais aujourd’hui, seul le sentiment de paix doit nous animer. Et aussi le sentiment de respect pour ceux qui ont donné leur jeunesse, leur vie pour la France. Heureux ceux qui en sont revenus, marqués malgré tout dans leur chair ou leur âme. N’oublions rien. Mais souhaitons ce qu’il y a de meilleur pour les hommes : la paix des peuples.

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