2019 © Joël GUERRIAU, Sénateur de Loire-Atlantique

Les crayons de la laïcité

12/12/2015

J’ai inauguré, le vendredi 11 décembre 2015, une exposition sur la laïcité vue par les dessinateurs de presse cléricale et anticléricale autour de 1905, quand la loi sur la séparation des églises et de l’État a été votée. Cette exposition, réalisée par Rémy Castan, est à voir à l’Hôtel de Ville jusqu’au 16 janvier 2016.

 

Nous avons voulu cette très riche exposition, et nous avons collaboré à sa création, parce que la laïcité, qui est quasiment une exception française, est vivante et doit le demeurer.

 

Elle est vivante notamment grâce au texte de la loi de 1905 qui est suffisamment précis et en même temps suffisamment souple pour avoir résisté au temps.

 

C’est à nous qu’il appartient de prendre la relève de nos pères afin de préserver la fraîcheur de l’esprit de laïcité. C’est à nous de faire mentir le sociologue qui a dit récemment à peu près ceci : « la laïcité c’est comme le château de Versailles : on le visite beaucoup, mais on ne l’habite plus… ». La laïcité c’est bien plus qu’un patrimoine, c’est une philosophie à vivre.

 

Le risque majeur de dévoiement de la laïcité, c’est le « laïcisme », c’est à-dire la laïcité érigée en dogme  et opposée aux dogmes religieux. Il ne faut pas entrer en contradiction avec l’esprit ouvert des Lumières du 18ème siècle et celui du compromis libéral de 1789.

 

Article 1 de la loi de 1905 : la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

 

Article 2 : la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, sont supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes…

 

C’est clair, limpide. Mais c’est un coup de tonnerre dans un pays longtemps placé sous l’autorité royale, impériale et catholique !

 

C’est pourquoi la presse du début du 20ème siècle a trouvé matière à s’exprimer abondamment sur la loi de 1905 séparant les églises de l’Etat, sur ses promoteurs et sur ses détracteurs. Les mouvements qui secouèrent la société furent violents, la presse de l’époque le relate bien mais ne se prive pas non plus de jeter de l’huile sur le feu comme vous le constaterez.

 

Peut-être peut-on placer le germe de la laïcité dans les guerres de religions qui ont dévasté la France, et l’ont divisé entre les tenants de la Ligue et ceux de la Réforme. Henri IV proclamant l’Edit de Nantes ouvre le chemin de la tolérance.

 

Puis les philosophes des Lumières et la Révolution ont permis à ce germe de croître. Le reste était affaire de temps et de circonstances.

 

La loi de 1905 est une loi de séparation, mais aussi et surtout de réconciliation. Même si elle a suscité des violences et fait des victimes, surtout lors des fameux inventaires des biens du clergé. Clémenceau y mit un terme.

 

Il faut le préciser aussi, cette loi était présente dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme… ». Et elle a été réaffirmée dans l’article premier de la constitution de 1958 : «  La France est une République indivisible, laïque… »… Cela sonne comme un nouveau rappel interdisant guerres de religion et participation de l’Etat, comme ce fut le cas 15 ans avant, à la déportation des juifs de France.

 

La loi a ainsi placé les croyances sous le regard intransigeant mais protecteur de la République pour permettre la liberté de conscience. Pour autoriser et respecter la pratique de croyances, mais aussi, fait extraordinairement moderne, pour placer la non croyance dans le champ des consciences.

 

Nous sommes tous les arrières-petits-enfants de cette loi. Et les élus d’aujourd’hui en sont toujours les garants et « animateurs » dans le sens plein de ce terme issu du latin anima qui signifie âme, mais aussi souffle.

 

Bien sûr, la laïcité a connu des dérives et des excès. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le « laïcisme ». Fallait-il tenter l’éradication des langues régionales par l’action de l’école publique ? Fallait-il placarder dans les établissements publics de l’ouest « Interdit de cracher par terre et de parler breton » ? Injure faite à la différence dans une République qui aspirait à une totale unité. Je ne le crois pas. Mais hélas, la modernité avance souvent à marche forcée et ne fait pas de détails.

 

De la même manière, et puisque les communes ont à charge l’entretien des églises qui font partie intégrante de leur patrimoine bâti, je pense qu’elles doivent pouvoir compter, et notamment les plus petites, sur le soutien financier des collectivités territoriales -Département et Région- pour pourvoir à leur sauvegarde.

 

Il faut garder prudence et souplesse pour animer la loi de 1905. La laïcité a tout à perdre en s’érigeant en dogme, c’est là la pire de ses tentations, alors même qu’elle doit protéger le citoyen des dogmes. La Laïcité est un garde-fou, pas un totem rigide. C’est le ciment de notre société, mais un ciment qui doit conserver de la souplesse.

 

Je passe la parole à Rémy CASTAN, artisan de cette exposition.

 

Nous entendrons ensuite Didier GIRARD, docteur en droit public, enseignant chercheur à l’Université de Bretagne Occidentale et ingénieur de recherches à l’université de la Sarre, qui nous donnera tout à l’heure une conférence sur la laïcité. Il nous expliquera les subtilités de la laïcité, les exceptions de l’Alsace-Moselle, les cas particuliers de la municipalité des Lilas en Seine-Saint-Denis et des baux emphytéotiques permettant la construction de nouveaux lieux de culte.

 

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