2019 © Joël GUERRIAU, Sénateur de Loire-Atlantique

Pour une Bretagne à 5 départements

30/10/2014

Je suis intervenu au sénat, le 29 octobre 2014 , dans le cadre des discussions sur la réforme territoriale. Voici mon discours

 

Le projet de loi que vous nous proposez consiste à arrêter une nouvelle carte des régions par regroupement de ces dernières.  Dans un second temps, les départements peuvent faire un choix différent sous des conditions restrictives comme si l’essence même du découpage résultait d’une approximation. Je pense que cette méthode coupe les élus des attentes de leurs électeurs.

Dans le respect du droit constitutionnel, nous souhaitons que les réalités locales soient prises en compte en intégrant la dimension départementale dès la composition du découpage des nouvelles régions.

On le sait, certaines régions sont artificielles. Elles regroupent des départements aux identités diverses.

Quand un département a une identité forte en commun avec une région, est-ce raisonnable de l’obliger à fusionner avec une autre région ?

Si nous voulons éviter des contestations sans fin concernant les limites régionales, dès maintenant il faut tenir compte des aspirations départementales.

Le dogme de la création de nouvelles régions uniquement par fusion de régions ou sous forme de statu quo interdit une recomposition cohérente notamment en ce qui concerne l’Ouest de la France.

Le projet de  délimitation des régions qui nous est présenté n’offre pas de solution raisonnable, pragmatique et courageuse au découpage des régions de l’Ouest. Dans l’Ouest, aucune évolution n’est proposée.

Une solution serait de faire émerger deux régions jumelles, équilibrées, avec la même population et le même PIB : la Bretagne avec les Côtes d’Armor, le Finistère, l’Ille et Vilaine, la Loire Atlantique et le Morbihan d’une part et le Centre-Val de Loire regroupant la région Centre et d’autres départements d’autre-part.

Le projet actuel marginalise la Bretagne et va la fragiliser. Un sondage du 11 juillet 2014 a montré que seulement 6 % de la population de la Région Bretagne est favorable à  une fusion avec la Région Pays de la Loire alors que 35% préfèrent le statu-quo et 55% souhaite une Bretagne à 5 départements.

D’ailleurs, un territoire trop étendu n’a jamais prouvé son efficacité. Le risque est de se couper de la proximité en fabriquant des ensembles technocratiques déconnectés de la réalité quotidienne de nos concitoyens.

En Allemagne, les régions se sont construites sur des bases historiques et sont restées inchangées. Le deuxième land le plus riche par habitant, Brême, est le plus petit en taille.  Des régions claires et identifiées : Normandie, Bretagne, Val-de-Loire seront économiquement  bien plus efficaces et démocratiquement plus légitimes que des régions technocratiques.

Dans ces limites actuelles, la région Bretagne est isolée. Nous proposons de regrouper les 5 départements bretons dans une même région en cohérence avec la réunification de la Normandie.

La moitié des échanges logistiques entre la région des Pays de la Loire et la région Bretagne s’exerce aujourd’hui au départ du seul département de la Loire Atlantique.

Le pôle de compétitivité mondial « mer » de la région Bretagne échange beaucoup avec Nantes-Saint-Nazaire et évidemment fort peu, pour de simples raisons géographiques, avec Le Mans ou Cholet.

Dans le domaine de l’innovation et du développement des nouvelles technologies numériques, 95 % des relations du pôle mondial de compétitivité « Images et Réseaux » s’exercent sur les 5 départements. L’enjeu d’une région Bretagne est de renforcer des coopérations dans le domaine de la recherche et sur le plan économique en correspondance avec l’identité des territoires.

D’après le site « Bretagne Plein Sud »,  le tourisme en Loire-Atlantique est principalement breton. La promotion d’une identité régionale renforce l’attractivité touristique et économique.

Économiquement, la Bretagne à 5 départements, c’est  la constitution d’une vraie région maritime : avec en façade deux grands ports Brest et Nantes-Saint-Nazaire redynamisés par tous les flux économiques qui viennent de la Bretagne administrative et qui en retour constituent plus de 60% des flux économiques de la Loire-Atlantique. La Bretagne, berceau naturel des activités en lien avec la mer, est en attente de Nantes-Saint-Nazaire, porte naturelle sur le monde pour conduire une grande politique maritime utile à l’ensemble de la France. Nantes-Saint-Nazaire peut devenir la capitale économique et commerciale d’une région bretonne tournée vers la mer à l’heure où l’essentiel du trafic mondial de marchandises s’effectue par voie maritime.

L’appellation « produit en Bretagne » est une marque porteuse en terme de développement économique. De plus en plus d’entreprises installées en Loire-Atlantique souhaitent ce label. C’est d’ailleurs dans ce département qu’actuellement « Produit en Bretagne » progresse le plus.

Cela prouve qu’une région clairement identifiée contribue au dynamisme économique.

Il existe une synergie entre les entreprises de Loire-Atlantique et celles du reste de la Bretagne  par exemple les entreprises de recherche biotechnologie marine à des fins pharmaceutiques  en Loire-Atlantique et les entreprises de production dans les 4 autres départements bretons.

Politiquement, la Bretagne à 5 départements, c’est prendre en considération des vœux de réunification émis par  plus du tiers des communes des 5 départements bretons, ainsi que par le conseil régional de Bretagne à l’unanimité en janvier 2014,  et en 2001 au conseil général de Loire Atlantique.

Depuis plus de 20 ans, les sondages donnent des résultats constants. Une large majorité des habitants de Loire Atlantique et  de la Bretagne sont favorables à la réunification.

Il existe déjà une intercommunalité répartie sur 3 départements, la Loire-Atlantique, le Morbihan et l’Île et Vilaine. La communauté de communes du Pays de Redon se compose de  8 communes de Loire-Atlantique,  9 du Morbihan et 12 d’Île et Vilaine.

Sur le plan administratif la région fonctionne déjà à cinq départements dans le domaine judiciaire. Par exemple, la cour d’appel est à Rennes.

Lors des manifestations pacifiques à Nantes en avril, en juin, et en septembre avec plus de 30 000 personnes, les populations ont largement montré leur attachement au regroupement – dans une même région – des 5 départements bretons. Il semble que les jeunes soient bien plus favorables à l’idée régionale que leurs aînés.

A 5 départements, la Bretagne sera une vraie région à dimension européenne  avec 4,6 millions d’habitants.

Je ne doute pas mes chers collègues que les représentants du peuple sont à l’écoute des populations.

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