Oradour-sur-Glane

11/06/2014

Le vendredi 6 juin, j’ai inauguré une exposition consacrée à la tragédie d’Oradour-sur-Glane. Plus que la proximité de la date anniversaire, ce sont les toiles géantes qui rappellent l’effroi de ce massacre. L’expressionnisme utilisé par Gabriel Godard domine à dessein notre vision, choquée, pour que nous n’oubliions pas la folie des hommes. Voici le discours du vernissage.

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous recevoir à l’Hôtel de Ville de Saint Sébastien sur Loire, momentanément transformé pour présenter cette œuvre consacrée à la tragédie d’Oradour-sur-Glane.

Depuis plusieurs années nous constatons la pertinence de proposer à nos concitoyens des événements contribuant au travail de mémoire. Nous avons fait le choix d’occuper l’Hôtel de Ville avec des expositions historiques, pédagogiques et esthétiques permettant l’accès à des épisodes de notre histoire locale, nationale, ou internationale.

Nous laissons derrière nous une exposition émouvante sur la Guerre d’Indochine, et nous accueillons avec intérêt et curiosité la peinture monumentale de l’artiste Gabriel GODARD.

Gabriel GODARD,

Votre témoignage pictural ne laissera aucun visiteur indifférent. Dès les premiers pas dans l’hôtel de Ville, l’atmosphère est saisissante. Puis en observant les panneaux, la souffrance des personnages est insoutenable et suscite une vive répulsion. Les volumes amplifient sans doute cette sensation de malaise.
Votre peinture est à la fois pudique et magistrale. Vous vous en expliquez.

Le 10 juin 1944, la paisible petite ville d’Oradour-sur-Glane dans le Limousin bascule dans l’horreur en quelques heures seulement. Près de 200 soldats allemands envahissent le bourg et rassemblent la population, prétendant à un simple contrôle d’identité. Les hommes sont répartis dans diverses granges tandis que les femmes et les enfants sont regroupés dans l’église. En quelques minutes, les hommes sont abattus puis brûlés, puis c’est au tour des femmes et des enfants de subir le même sort dans l’église. En une journée, Oradour-sur-Glane n’existe plus, et cet horrible massacre fait 642 victimes.

Gabriel GODARD, vous avez 11 ans, vous vivez dans votre Sarthe natale et vous entendez parler de ce drame. Vous en resterez marqué toute votre vie. Six ans plus tard, vous commencez à peindre. A 29 ans, vous trouvez un atelier à Angers qui vous permet de vous exprimer sur des grands formats. Là vous revenez sur ce sujet qui vous hante depuis l’enfance. Je vous cite : « J’ai été traumatisé, la scène des suppliciés, enfants, femmes ou vieillards, exécutés, brûlés vifs, ne peut que choquer les consciences, même 70 ans après ».

Vous réalisez alors une trilogie figurative sur le drame, composée de trois toiles de très grand format de 9 mètres de long sur 3,40 mètres de hauteur, intitulées : « Le Supplice, l’Epouvante et la Mort ». Une quatrième toile abstraite de 9 mètres de long sur 3,70 mètres de hauteur, intitulée : « De l’humain …. et de l’ignominie ordinaire » complétera par la suite cette trilogie.

Vous nous confiez que ce travail qui durera trois ans a été émotionnellement difficile et éprouvant.

Pour ces œuvres, vous vous limitez à trois couleurs : « Le rouge feu et sang, le gris cendres, le noir funeste ». Mais tous les éléments de la tragédie sont retranscrits avec, à la fois, une sobriété et une force bouleversante : des personnages mouvants, immenses, qui semblent hurler, les flammes, la souffrance, les cendres, les corps qui s’enchevêtrent, la mort. La dimension hors du commun des toiles contribue à renforcer l’émotion.
A l’image du célèbre « Guernica » de Picasso, vous nous livrez un témoignage poignant sur l’une des plus grandes tragédies de la guerre, 70 ans, presque jour pour jour après l’événement.

Mais l’ignominie est universelle. A travers votre œuvre, vous réveillez notre mémoire, notre conscience individuelle et collective, qu’il s’agisse du massacre des juifs dans les camps nazis organisés pour la déportation et l’extermination, ou de tous les actes de barbarie dans le monde qui privent les hommes de leurs droits, de leur liberté, de la vie.

Vous avez exposé au Salon d’automne à Paris, puis en fin d’année à l’abbatiale de Saint Florent le Vieil. Nous sommes particulièrement heureux que l’Hôtel de Ville de Saint Sébastien sur Loire puisse vous accueillir jusqu’au 5 juillet.

Je vous remercie de votre attention.

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