Diên Biên Phu à l’Hôtel de Ville

Jusqu’au 31 mai 2014, l’Hôtel de Ville de Saint-Sébastien-sur-Loire accueille une exposition sur la bataille de Diên Biên Phu, à l’initiative d’Yves Borbeau qui a vécu cet évènement marquant la fin de la guerre d’Indochine. Voici le discours que j’ai prononcé lors du vernissage.

Mesdames et Messieurs, Chers amis, Cher Yves Borbeau,

C’est grâce à vous, cher Yves, et grâce à votre témoignage, que nous sommes réunis aujourd’hui pour cette page d’histoire consacrée à l’Indochine.

Nous nous rencontrons fréquemment lors des cérémonies patriotiques qui rythment la vie de la commune. C’est à l’occasion de l’une d’entre elles que nous avons forgé le projet de commémorer le 60e anniversaire de la fin de la guerre d’Indochine à vos côtés.

La mémoire d’une société, d’une civilisation, c’est fondamental. Ce socle commun est l’un des ciments de notre vivre ensemble. Se souvenir pour rendre hommage à ceux grâce auxquels les atrocités de la guerre sont éloignées du sol français depuis 60 ans. Se souvenir pour que cela ne recommence plus. Se souvenir pour que la préservation de la paix soit un objectif bien vivant en chacun de nous !

En ces temps troublés où les tensions s’accumulent dans le monde et même aux portes de l’Europe, il est de notre devoir d’agir. Chacun à notre niveau, mais avec un objectif qui nous dépasse : unir les hommes, quelles que soient leurs origines.

A son échelle, la ville de Saint-Sébastien-sur-Loire a toujours été à l’initiative dans cette voie exigeante. Par nos jumelage d’abord, qui par les échanges permettent la compréhension de l’autre. Par le souvenir ensuite : nous serons très innovants en cette année de centenaires de la Grande Guerre. Cette exigence constante a valu à notre commune de recevoir « la plaquette d’honneur de l’Europe » en 2008.

Une observation m’interpelle cependant. Les cérémonies de commémoration sont de moins en moins fréquentées par la jeune génération. C’est dramatique, car le souvenir ne doit pas devenir un « entre soi ». Si la mémoire perd sa dimension collective, que restera-t-il des leçons, de la sagesse que seule l’histoire peut apporter. Que restera-t-il du lien sociétal qu’elle peut créer. Il nous faut nous adapter, être innovant et peut être, visionnaire.

La matérialisation des témoignages au travers d’expositions est une des réponses face au recul observé du travail de mémoire. C’est pourquoi nous présentons régulièrement en mairie des expositions relatives à l’histoire : déportation, guerre 14-18, etc. C’est une forme novatrice et pédagogique du devoir de mémoire, accessible à chaque citoyen.

Je suis personnellement ému par les « grands témoins » qui, comme vous, cher Yves, évoquent volontiers ce vécu que d’autres, ont lu et appris dans les livres. En échangeant avec vous, lors de commémorations et devant votre passion communicative lorsque vous retracez votre passé, j’ai été bouleversé. L’idée d’une exposition basée sur votre témoignage a vite émergé.

C’est une chance pour tous les Sébastiennais de compter dans leur population un homme comme Yves Borbeau. Votre vie est une aventure, une succession de combats et d’épreuves que vous avez toujours assumés et menés avec détermination. D’abord votre longue et impressionnante carrière militaire : au Maroc, en Indochine, puis en Algérie. Lutter pour votre pays, pour et avec vos hommes, était pour vous un devoir. En désaccord sur la politique algérienne de la France, vous respectez l’adage : « un soldat se soumet ou se démet ». La suite de votre vie professionnelle est une succession d’expériences que vous vivez avec passion : gendarmerie, assurance puis banque où vous formerez des cadres dans de nombreux pays africains.

Vous le constatez, Yves Borbeau est un véritable livre d’histoire ! Cette exposition assure que, pour partie au moins, cette expérience ne sera pas oubliée, mais transmise.

La question n’était donc pas « doit-on se lancer dans un projet d’exposition témoignage ? » mais « quel sujet choisir ? ».

En effet, chacune de ces expériences mérite d’être rapportée. Nous avons beaucoup à apprendre de nos aînés. Mais comme vous le dites, cher Yves : « il faut faire les choses bien, ne pas se disperser pour atteindre notre objectif : faire comprendre un peu de ce que nous, militaires, avons vécu en combattant pour notre pays, votre pays ». Nous avons fait le choix d’aborder la Guerre d’Indochine, et principalement Dien Bien Phu, moment charnière de notre histoire. Je vais vous expliquer pourquoi.

Transmettre sur cette guerre méconnue, celle que l’on a appelée « la sale guerre » était probablement le plus compliqué. Les expositions sur ce sujet peu consensuel sont rares. Pourtant cette « guerre oubliée » n’en est pas moins un conflit majeur de notre histoire. Premier soubresaut de la décolonisation, guerre froide devenue chaude, ce conflit est une introduction brutale pour la France dans le monde de l’après-guerre. C’est une étape importante et pas seulement pour notre nation. Ce conflit a divisé et divise encore notre pays. Il y a ceux pour qui cette guerre était une lutte contre le totalitarisme communiste et la barbarie, et ceux pour qui elle n’était qu’une guerre impérialiste et coloniale. Au milieu de ces visions opposées, nos soldats. Partagés entre une France qui leur demandait de se battre et une France qui ne voulait pas entendre parler d’eux. Imaginez-vous combien cette cruelle situation devait être difficile. Pour faire face, il fallait, comme vous le dites, cher Yves, « ne pas s’occuper de ce qui se disait en métropole, faire corps pour la France et pour ses camarades ». Leur courage, leur abnégation désintéressée, méritent d’être reconnu et mis à l’honneur.

J’ajoute que l’Indochine est au programme d’études de nos enfants au collège. Notre objectif n’est pas de faire le travail des historiens ou des professeurs d’histoire. L’histoire est bien souvent plus complexe qu’elle ne le semble. Vous savez, malgré l’âpreté des combats et les épreuves, beaucoup gardent un souvenir nostalgique d’un pays fascinant et qu’ils ont aimés. J’ai l’intime conviction que l’histoire de ces hommes ne doit être ni dénigrée, ni oubliée. Cette exposition est un témoignage, une tranche de vie. Transportable, elle pourra donc servir de support au corps enseignant en cours d’année scolaire. Intime et personnelle, votre vision, cher Yves, peut rendre l’Histoire plus humaine, plus accessible pour nos enfants, mais également pour nous tous.

Mais je ne vais pas parler plus longtemps, il est temps pour vous de découvrir cette exposition magnifique, fruit de votre travail exceptionnel. Nous vous remercions de tout cœur pour votre investissement. Merci également à nos services, qui ont une fois de plus démontré leurs qualités humaines et professionnelles.

L’exposition est visible jusqu’au 31 mai. A votre convenance, cher Yves, nous proposerons des moments de rencontres du public avec vous-même, ainsi que vous l’avez proposé.

Je vous remercie de votre attention.

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2020 © Joël GUERRIAU, Sénateur de Loire-Atlantique