Avenir du chantier naval de Saint-Nazaire

J’ai interpellé Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, sur l’avenir du chantier naval de Saint-Nazaire

Monsieur le Ministre,

Il y a moins de dix ans, les Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire, comptaient 5 000 salariés directs. Ils ne sont plus que 2 000 aujourd’hui. Avec la sous-traitance, fort importante dans cette industrie, c’est tout un bassin d’emploi qui souffre et s’inquiète. Après plus d’une année sans commande, le groupe sud Coréen STX, en mal de liquidités, annonçait chercher à vendre le chantier naval de Saint-Nazaire.

Depuis cette annonce, la situation a évolué : La compagnie Brittany Ferries a annoncé, le 14 janvier, la signature avec les chantiers STX d’un contrat pour la construction d’un des trois plus grands navires à gaz naturel liquéfié (GNL) au monde.

Le croisiériste MSC, client historique des chantiers conditionne, quant à lui, la signature d’une commande de deux paquebots fermes et de deux options à une baisse de prix, pour se rapprocher des offres européennes concurrentes. Cette commande, primordiale pour l’avenir du chantier, passe par un accord de compétitivité qui tarde à être définitivement validé.

Monsieur le Ministre, quelles actions concrètes va mener l’État, actionnaire à 33.34% du chantier grâce à une politique volontariste datant de 2008, pour permettre la levée des blocages qui rendent incertain la signature de ce contrat indispensable ?

Monsieur le Ministre, l’incertitude quant à la stabilité de l’actionnariat principal fragilise également les chantiers dans un contexte de concurrence internationale particulièrement âpre. L’État est-il prêt à s’investir davantage ?

Réponse de M. Frédéric Cuvillier, ministre délégué auprès du ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, chargé des transports, de la mer et de la pêche.

Monsieur le sénateur, je vous prie tout d’abord d’excuser l’absence d’Arnaud Montebourg, qui, ne pouvant être présent au Sénat ce matin, m’a demandé de vous répondre. Du reste, compte tenu de la nature de mon portefeuille ministériel, nous travaillons ensemble sur la question des Chantiers de l’Atlantique, qui ont un véritable intérêt stratégique.

Vous craignez qu’une incertitude quant à la stabilité de l’actionnariat de STX France ne perturbe la compétitivité des Chantiers. Ceux-ci auraient alors plus de difficultés à prendre des commandes mais aussi à structurer la filière, dont nous avons eu l’occasion de souligner le caractère stratégique dans une période de renouvellement des flottes. Vous avez évoqué les perspectives d’adaptation des navires aux stipulations de la convention Marpol ; des commandes devraient en découler.

Il est possible que la restructuration du groupe sud-coréen conduise à la cession de certains de ses actifs, y compris en Europe, et il faut évidemment veiller à ce que cette situation n’affecte pas les perspectives commerciales et financières de l’entreprise. Je peux vous assurer que le Gouvernement suit la situation de très près. En sa qualité d’actionnaire de la Banque publique d’investissement, la BPI, qui détient 33 % du capital des Chantiers, aucune évolution de l’actionnariat ne peut se faire sans qu’il en soit informé. Aucun projet de cet ordre n’a été notifié à ce jour.

Si les intentions du groupe STX devaient se confirmer, il est clair que le Gouvernement serait particulièrement attentif à la qualité du projet industriel formulé par d’éventuels investisseurs ainsi qu’à la crédibilité de leur signature. Je tiens à vous rassurer : ces développements n’affectent en rien l’activité des Chantiers de l’Atlantique. Ceux-ci ont d’importantes commandes à livrer – vous en avez cité certaines –, et espèrent signer bientôt des contrats majeurs. Le financement de l’entreprise et celui des commandes sont séparés de celui du groupe STX. Ni l’emploi ni le savoir-faire des Chantiers ne sont menacés ; nous serons extrêmement attentifs à ce qu’il en demeure ainsi.

Comme vous l’avez souligné, nous entrons dans une période sensible pour le transport maritime, du fait de la montée en puissance du renouvellement des flottes. Tous les grands opérateurs, depuis les groupes internationaux jusqu’à l’acteur maritime national, doivent anticiper ce renouvellement. Il est important que nous puissions nous baser sur la qualité, l’expertise et la robustesse des chantiers navals STX.

Ma réponse

Monsieur le Ministre,

Les chantiers de Saint-Nazaire doivent à leur savoir-faire, à leur technicité d’avoir gardé la confiance de certains clients malgré un handicap de compétitivité conséquent vis à vis d’autres chantiers européens.

Le maintien de ce savoir-faire en France est un enjeu économique considérable dont vous ne semblez pas avoir pris toute la mesure : la délocalisation définitive de la construction des méthaniers, après transfert – je devrais dire pillage – de notre technologie, est encore dans les mémoires.

Aujourd’hui il apparaît clairement que ce handicap de compétitivité, conséquence inavouée de la loi sur les 35 heures, ira croissant jusqu’à devenir insurmontable. Les réponses que vous faites permettront peut-être de repousser une échéance, mais n’apportent pas de solution pour assurer durablement l’avenir des Chantiers de Saint-Nazaire.

Depuis plus d’une décennie, l’histoire des chantiers est faite de hauts et de bas, l’euphorie consécutive à la prise d’une grosse commande alternant avec les plans de départs volontaires et un chômage partiel de plus en plus fréquent. L’histoire continuera, de crise en crise et de sauvetage en sauvetage : dans un secteur où la concurrence internationale est particulièrement âpre et difficile, donner la possibilité à notre industrie de se battre avec les mêmes armes est la seule solution pérenne.

Le groupe Coréen STX avait annoncé vouloir vendre ses chantiers européens pour faire face à un problème de liquidités. Le devenir d’un des fleurons de notre industrie passe aussi par un actionnariat majoritaire stable et fiable, et l’État actionnaire ne peut s’en désintéresser.

Votre réponse, Monsieur le Ministre, n’est pas à la hauteur des attentes.

Crédit photo : © STX France

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2020 © Joël GUERRIAU, Sénateur de Loire-Atlantique