L’Europe selon François Bayrou

A l’invitation du Mouvement Européen 44 et de la Maison de l’Europe de Nantes, j’ai présenté, le 23 mars 2012, les idées sur l’Europe que François Bayrou propose dans son programme pour la présidentielle.

Crédit photo : tous droits réservés par la Maison de l'Europe Nantes

Je remercie le Mouvement Européen 44, et la Maison de l’Europe qui a pris l’initiative de ce débat.

Maire d’une commune qui vient de se voir décerner le Prix de la Ville euro-citoyenne, après avoir reçu en 2007 la plaquette d’honneur de l’Europe, vous comprendrez mon attachement à l’Europe.

Lors de mon installation au Palais du Luxembourg, j’ai fait le choix de travailler au sein de la Commission des Affaires Européennes du Sénat, car je suis profondément convaincu que l’avenir de notre nation est intiment lié au destin de l’Europe.

Je partage la vision européenne de François Bayrou qui fut député Européen de 1999 à 2002. C’est une des raisons qui m’a conduit à le rejoindre. Je pense qu’un courant de pensée important se doit d’avoir un candidat à l’élection présidentielle, pour participer au débat d’idées qu’une campagne électorale engage.

La construction Européenne a suivi un long cheminement tracé par des personnalités françaises de sensibilité politique différente. Je pense à Robert Schuman, à Jean Monnet, à Valérie Giscard d’Estaing, à Jacques Delors, à François Mitterand, cette génération qui a beaucoup donné d’elle-même à l’Europe et qui nous a donné l’Europe.

Aujourd’hui raisonnent des voix d’une Europe désenchantée où le sentiment européen se ternit et s’affaiblit. Or, je suis persuadé que la fidélité aux fondateurs de l’Europe est dans la refondation, dans l’action et dans la pensée, dans la poursuite du chemin vers une Europe encore plus forte et plus solidaire.

Pour François Bayrou, l’Europe ne peut pas être absente de la campagne présidentielle.

Parce que nous aimons l’Europe.

Nous aimons l’Europe parce que nous aimons la France, et nous aimons la France comme nous aimons l’Europe, avec la même force, parce que c’est le même destin.

La France n’a pas d’avenir si l’Europe, peu à peu, s’efface de la scène du monde. L’Europe est la clef du destin de la France, comme la France est la clef du destin de l’Europe. Si l’Europe est faible, si l’Europe est vide, alors l’avenir de la France sera affaibli.

Plus que jamais, face au vaste monde, à la montée en puissance de la Chine, de l’Inde, du Brésil, nous ne pouvons pas nous retrouver seuls, nous faire entendre seuls. Une telle idée serait une condamnation à l’insignifiance. Or nous devons lutter contre le dumping social, les tentatives de prise de contrôle dont nous menacent les géants de la planète. C’est au sein du grand ensemble européen que nous devons faire avancer nos intérêts, nos idées, pour qu’ensuite nous puissions jouer un rôle éminent sur le plan mondial. Avant de pouvoir agir au niveau mondial, nous devons convaincre nos partenaires européens. Une fois acquises, les décisions européennes peuvent peser sur le reste du monde.

En peu de temps au sein de la Commission européenne du Sénat, j’ai pu constater combien cela était vrai, mais j’y reviendrai probablement au cours du débat.

Je suis convaincu que les nations européennes doivent davantage s’unir. Ensemble nous représentons une force considérable. Par exemple avec la Grande Bretagne nous disposons de 2 sièges sur 5 au Conseil de sécurité (+ Chine, Fédération Russe, USA).

La culture française, par nos territoires d’outre-mer, est présente sur les 3 océans de la Planète.

Avec l’Espagne, le Royaume Uni, nous retrouvons nos traditions culturelles sur tout le continent américain, du Canada à l’Amérique Latine, l’Afrique, l’Asie et le Moyen Orient.

Nous avons tous les ressorts nous permettant de mener une vraie politique européenne étrangère pour lutter contre les paradis fiscaux, les oppressions, et défendre nos intérêts commerciaux.

Il y a dix ans, nous avons franchi une étape en créant l’Europe de l’Euro.

Aujourd’hui, il ne peut y avoir une différence entre l’Europe de l’euro et le reste de l’Union européenne. Il ne peut y avoir ceux que l’on porte au premier plan, et les autres au deuxième plan, nous sommes également membres de l’Union européenne.

L’Europe de l’euro doit être reconnue par nature comme une zone de solidarité, et si elle cessait d’être cette zone de solidarité, elle exploserait :

Les 17 pays au sein de l’Union Européenne, qui ont accepté cette monnaie en commun, ont en réalité créé une zone de solidarité qui implique aussi les nations européennes qui n’ont pas choisi d’y entrer, car un échec de l’Euro aurait des conséquences pour tous.

En effet les deux tiers des échanges se font entre pays européens. Nous pouvons bénéficier du dynamisme des uns, mais aussi payer les erreurs des autres. Les accords de Maastricht imposaient que le déficit d’un pays ne dépasse pas la barre des 3 % du PIB. En ne respectant pas cette discipline, nous nous sommes mis dans une impasse. Les dirigeants portent une lourde responsabilité nationale dans le non-respect d’une règle qu’ils ont eux-mêmes fixée.

Pour remédier à cette situation, nous pensons qu’il faudrait créer une Cour des Comptes européenne, qui ferait la lumière sur la réalité des 17 pays, pour que chacun puisse mesurer les risques que font encourir les décisions de l’un d’entre eux.

Depuis de nombreuses années les centristes défendent l’adoption d’une règle d’or, c’est- à-dire le droit d’emprunter pour s’équiper, pour investir, mais l’interdiction d’emprunter pour supporter des frais généraux habituels d’un pays.

Prenons pour exemple le lieu où nous trouvons. Ici, des milliers d’étudiants s’instruisent et se forment. Si nous empruntons pour agrandir l’Université, pour l’adapter à de nouvelles technologies, nous agissons dans l’intérêt des étudiants. Mais si nous empruntons pour régler des dépenses de fonctionnement incorporant des salaires, nous mettons à la charge des étudiants le remboursement « demain » de notre train de vie « d’aujourd’hui ».

Pour nous centristes, la construction européenne n’est pas allée assez loin. Lorsque les pays européens ont participé à la création de la monnaie unique, ils n’ont pas été au bout du processus, en maintenant une méthode gouvernementale inadaptée, incapable d’imposer la convergence des politiques économiques, notamment budgétaires. Aujourd’hui, la crise met en exergue cette faiblesse. Nous, centristes, nous ne souffrons pas de « trop d’Europe », nous n’avons « pas assez d’Europe ». Nous devons aller plus loin dans la construction européenne, c’est à dire en renforçant la gouvernance européenne par un plus grand fédéralisme économique, une véritable harmonisation fiscale, un socle social minimum.

Nous avons besoin d’un réel Gouvernement économique et écologique européen à l’issue de l’adoption d’un Traité fédéral de la zone euro fondé sur :

– Un renforcement des pouvoirs de la Banque Centrale Européenne. La création d’un Trésor Européen pour doter l’Union d’une capacité d’emprunt. Il faut permettre à l’Europe d’emprunter pour financer de grands investissements.

– La mise en place de mécanismes de convergence sociale et fiscale,

– La mutualisation de certains budgets nationaux (innovation recherche),

– La possibilité de communautariser une partie de la dette par l’émission d’Euro-obligations,

– La création d’un Fonds Monétaire Européen, il n’est pas acceptable que l’Europe aille chercher le FMI pour remettre de l’ordre dans un pays de l’Union européenne.

– Une représentation unique de la zone euro dans les institutions monétaires et financières internationales. Chacun reconnaît que l’Europe est puissante à l’OMC parce qu’elle occupe un siège unique. Alors pourquoi s’obstiner à rester en ordre dispersé dans les institutions financières internationales ? Cela fait la part belle aux Etats-Unis ….

– La création d’une agence publique de notation européenne, contrôlée par des capitaux publics pour mettre fin à la toute puissance des agences privées.

– La création d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe pour financer un budget propre de la zone euro, et pour rétablir une juste concurrence avec nos partenaires commerciaux qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes environnementales que celles applicables sur le territoire de l’Union européenne.

– L’abandon du droit de veto, sauf circonstance exceptionnelle.

Seule la mise en place d’un Gouvernement économique européen donnera à l’Europe une réelle capacité de décision dans la définition et la mise en œuvre de nouvelles politiques communes : une réelle politique européenne de concurrence, de compétitivité dans les secteurs stratégiques d’avenir, mais aussi de l’environnement, de l’énergie ou de la recherche.

Nous avons besoin d’une politique énergétique européenne qui soit une politique de lutte contre le rejet de gaz à effet de serre, même si chaque Etat garde la maîtrise de ses choix.

Nous avons besoin d’une politique de grands programmes de recherche dans les bio-technologies, les nano-technologies, les énergies renouvelables, l’astrophysique, des sources d’énergie nouvelle et renouvelable.

L’idée que l’Europe avancerait par entente entre certains pays, et deux en particulier, n’est pas une bonne chose.

Certes, on a besoin d’une relation franco-allemande intime et de confiance, d’une relation où la vision des deux pays est exprimée clairement aux yeux de tous, et que cette vision commune ne se présente jamais comme dominatrice. La relation franco-allemande doit être fraternelle, engageant un travail sérieux, discret et exemplaire. La légitimité de chaque Etat au sein de l’ensemble européen doit être respectée.

Pour François Bayrou, il en va du respect du pluralisme. Comme il respecte et défend le pluralisme politique, il en profite pour redire qu’il respecte et défendra le pluralisme culturel.

François Bayrou défend l’idée d’un Président au sommet des institutions européennes (Conseil et Commission) connu des citoyens, choisi sur un programme, une autorité qui incarne l’intérêt supérieur de l’Union. Il serait élu au suffrage universel le même jour que le Parlement Européen.

Nous sommes également convaincus de la nécessité de bâtir une politique commune de la défense et de la sécurité en Europe.

Vous l’aurez compris la question européenne est au cœur de l’élection présidentielle, et en nous invitant ce soir à en débattre, Patrice Bolo, vous ne vous êtes pas trompé.

Les défis qui nous entourent, l’endettement de plusieurs pays, plus de 16 millions de chômeurs dans l’Union Européenne, un taux de croissance faible, nous imposent un réalisme volontaire pour une refondation de l’Europe.

Nous n’avons pas le choix, nous devons réussir ensemble pour « que l’Europe redevienne ce qu‘elle n’aurait jamais dû cesser d’être, la lumière du monde », nous disait Pierre Pflimlin, Président du Conseil de la 4ème République, maire de Strasbourg et grand Européen.

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