Putsch au Mali

Un putsch militaire au Mali, hier matin, a renversé le président du pays Amadou Toumani Touré.

Dès janvier dernier, j’ai été le premier à alerter le Gouvernement français concernant le risque de renversement du régime démocratique malien. 60 jours plus tard, cette prévision s’est malheureusement concrétisée.

L’inquiétude s’ajoute à la consternation.

Le Mali a su, au cours des 20 dernières années, mettre en œuvre une démocratie qu’il faut préserver.

Le 26 janvier, j’ai interpellé le gouvernement sur la situation inquiétante des rebellions au nord du Mali. J’indiquais que l’armée malienne serait vite débordée par les hordes contestataires et que le pouvoir redoutait de ne pouvoir se maintenir. Mon intervention a eu pour conséquence de déclencher une prise de conscience qui s’est concrétisée par un déplacement d’un ministre français au Mali en février et des rapports d’enquête qui concluaient tous dans son sens.

Les troubles actuels risquent d’entraîner une prise de pouvoir par des groupes fondamentalistes de plus en plus nombreux au Mali.

Depuis 15 ans, je suis particulièrement lié au Mali du fait d’actions humanitaires que j’ai engagées avec mon épouse en faveur de la population de la ville de Kati, ville où se trouve actuellement emprisonnée la plupart des dirigeants maliens. La population est actuellement cloîtrée chez elle, en proie à la peur et soumise au risque d’exactions. Gardant un contact téléphonique permanent avec mes interlocuteurs maliens, j’appelle à une réaction internationale urgente.

Question d’actualité au gouvernement n° 0764G de M. Joël Guerriau (Loire-Atlantique – UCR) publiée dans le JO Sénat du 27/01/2012 – page 577

Depuis le printemps arabe, le Mali et le Niger, pays démocratiques et pacifiques, sont touchés par des enlèvements d’otages et des affrontements de plus en plus violents à leurs frontières.

Par leur position géographique, ces pays sont au cœur de toutes les circulations transsahariennes. Ils sont également traversés par le Sahel, qui, des côtes du Sénégal à celles de la Somalie, constitue un couloir propice au trafic de drogues.

Dans cette zone, à la suite de la chute de Kadhafi, un millier d’anciens soldats libyens sont venus renforcer les troupes rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad, le MNLA, né à la fin de l’année 2011.

Sur le plan militaire, le MNLA dispose d’un matériel de guerre provenant de Libye : des centaines de chars, des lance-missiles, des bazookas…

Le 18 janvier dernier, la rébellion a attaqué trois villes du nord du Mali. Quarante-sept personnes ont été tuées et dix ont été blessées, sans compter les victimes des combats qui se sont déroulés à Ménaka le 17 janvier.

Il est à craindre que de nouvelles attaques ne se produisent dans cette zone, dont les civils seront les victimes innocentes. Plus généralement, une déstabilisation sécuritaire de la région sahélo-saharienne risquerait d’entraîner la chute des régimes démocratiques du Mali et du Niger, ce qui emporterait des conséquences dramatiques.

Des intérêts à la fois militaires, religieux et mafieux convergent. Les rebelles ont les armes, l’argent, l’espace, le temps. Leurs motivations sont nourries par la revendication territoriale historique des Touaregs.

Le caractère transnational de ces menaces terroristes impose une réponse internationale coordonnée. Lutter efficacement pour la restauration de l’ordre et le maintien de la paix suppose d’accroître de manière significative les moyens mis en œuvre.

Allons-nous attendre que le pire se produise, que des villages soient pris pour cibles, que de nouvelles prises d’otages surviennent ? Souvenons-nous de Philippe Verdon, actuellement retenu en otage, de Pierre Camatte, libéré en 2010, et de Michel Germaneau, mort faute de soins en Mauritanie.

Nous sommes exposés à trois risques : la résurgence des mouvements terroristes, l’intensification du trafic de drogues et la déstabilisation de gouvernements démocratiques.

Monsieur le ministre, l’implication de la France dans le maintien de la stabilité aux frontières du Mali, du Niger, de l’Algérie et de la Libye semble incontournable. En effet, cette crise extérieure affecte aussi la sécurité des Occidentaux. Pouvons-nous faire inscrire cette question prioritaire à l’ordre du jour du Conseil de sécurité de l’ONU ? Dans le cadre de l’Europe de la défense, pouvons-nous apporter un soutien matériel et technologique aux pays concernés, d’autant plus nécessaire que leur situation économique est très difficile ? Applaudissements

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